Camillo Cardinal Ruini Camillo Cardinal Ruini
Function:
Cardinal Vicar of Roma, Italy
Title:
Cardinal Priest of S Agnese fuori le mura
Birthdate:
Feb 19, 1931
Country:
Italy
Elevated:
Jun 28, 1991
More information:
www.catholic-hierarchy.org
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French Funérailles du P. Santoro: Homélie du cardinal Camillo Ruini (1)
Feb 22, 2006
« Au début, sa demande de partir pour l’Anatolie m’a laissé perplexe, et a trouvé en moi une certaine résistance » , a confié le cardinal Ruini aux funérailles de don Andrea Santoro.

ROME, Vendredi 10 février 2006 (ZENIT.org) – Voici la première partie de l’homélie du cardinal Camillo Ruini qui a présidé ce matin en la basilique Saint-Jean du Latran les obsèques de don Santoro en présence de milliers de fidèles, de centaines de prêtres, et d’autorités civiles, militaires et religieuses.

Homélie du cardinal Ruini (1)

Nous célébrons la messe en suffrage d’un prêtre romain, don Andrea Santoro. Un parmi beaucoup, parce que ce diocèse a environ 900 prêtres et chaque année certains d’entre eux retournent vers le Seigneur. Et pourtant cette basilique est extraordinairement comble, et nous savons tous pourquoi. Don Andrea avait 60 ans, il était originaire de Priverno, mais en tant que prêtre, il était totalement romain: né dans une famille profondément chrétienne, il s’était formé au petit séminaire de Rome, puis au grand séminaire. Il était devenu prêtre il y a 35 ans, le 18 octobre 1970. Il avait ensuite parcouru les étapes habituelles de la vie et du ministère d’un prêtre romain: vicaire paroissial à la paroisse des Saints Marcellin et Pierre, sur la Casilina, et à cella de la Transfiguration. Il avait ensuite été curé de la paroisse de Jésus de Nazareth, et finalement des Saints Fabien et Venace, jusqu’à l’année sainte 2000. Et pourtant, depuis de nombreuses années, don Andrea manifestait une étrange inquiétude qui pouvait sembler une instabilité de caractère. Il a en effet demandé à plusieurs reprises et avec une forte insistance, d’abord au cardinal Poletti et ensuite à moi, de pouvoir quitter Rome pour se consacrer à des expériences nouvelles et différentes, mais toujours centrées sur la recherche de la proximité du Christ et de la prière. Ainsi, en 1980, il a passé un temps à Jérusalem, et il a également passé une année sabbatique en 1993-1994, conduisant différents pèlerinages de l’Œuvre romaine des pèlerinages en Terre sainte et au Moyen Orient.

Mais sa route personnelle, son appel spécifique et définitif, don Andrea les a trouvés avec certitude seulement à un âge mûr, à travers les expériences des pèlerinages qu’il continuait à conduire au Moyen Orient et avec l’affectueuse insistance du vicaire apostolique de l’époque en Anatolie, la partie orientale de la Turquie, Mgr Ruggero Franceschini, qui le voulait avec lui, comme prêtre « fidei donum », don de la foi, envoyé par Rome pour rendre le Christ présent en ces terres où la foi chrétienne avait poussé au début des racines robustes et fécondes, arrivant de là bien vite à Rome. C’était justement l’état d’esprit avec lequel don Andrea a demandé d’aller en Anatolie: il entendait être une présence croyante et amie, favoriser un échange de dons, avant tout spirituels, entre l’Orient et Rome, entre chrétiens, juifs, et musulmans.

Au début, sa demande de partir pour l’Anatolie m’a laissé perplexe, et a trouvé en moi une certaine résistance: je rechignais à priver Rome d’un très bon curé et je craignais que don Andrea, un homme plein d’initiatives, ne supporte pas longtemps une situation qui ne permettait pas au contraire une grande marge d’action ni une richesse de relations.

Et don Andrea ignorait d’ailleurs complètement la langue turque. Mais c’était un homme qui demandait avec ténacité, lorsqu’il considérait devoir correspondre à un appel du Seigneur. Il est donc parti et je me souviens de l’insistance avec laquelle, alors et de nombreuses fois ensuite, il m’a demandé la confirmation qu’il ne partait pas de son propre chef et en son nom propre, mais au nom et par mandat de l’Eglise de Rome. Oui, parce que don Andrea était, instinctivement, un homme de l’Eglise, il ne concevait pas non plus de pouvoir appartenir au Christ sans appartenir à l’Eglise.

C’est ainsi qu’a commencé, en l’an 2000, son séjour en Anatolie, d’abord à Urfa, près de la localité biblique de Harran, la terre d’origine du patriarche Abraham.

Son séjour en Anatolie a ainsi commencé en l’an 2000, d’abord à Urfa, près de la localité biblique de Harran, terre d’origine d’Abraham : à Urfa, don Andrea était intimement heureux, en dépit de la solitude dans laquelle il vivait, et les grandes difficultés pour l’apprentissage de cette nouvelle langue. Il sentait en effet s’accomplir mystérieusement en lui les paroles de l’appel d’Abraham, qu’il répétait souvent : « Quitte ton pays, ta patrie, et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai » (Gn 12,1). Mais après trois ans, une nouvelle possibilité s’ouvrit à lui : il pouvait avoir une petite communauté chrétienne et ouvrir et restaurer une église. Il partit donc pour Trébisonde - en Turc, Trabzon - avec joie et confiance, et là il continuait à prier, à chercher à faire le bien, dans le respect des lois locales, jusqu’à dimanche dernier, cette fin imprévue que le monde entier connaît mais dont, dans l’optique de don Andrea, il n’est pas important d’approfondir les détails. Nous devons seulement repousser avec indignation les accusations et les insinuations absurdes et calomnieuses concernant des moyens illicites pour obtenir des conversions, exclues radicalement par sa conscience rigoureuse de chrétien et de prêtre.

Je voudrais plutôt m’arrêter à la véritable substance de sa vie, et de sa mission, qui est aussi la signification et l’enseignement de sa mort. Don Andrea a pris Jésus Christ terriblement au sérieux, et en homme tenace, rigoureux, et même têtu qu’il était, il a cherché de toutes ses forces d’agir toujours et rigoureusement dans la logique du Christ, et encore auparavant, de se confier au Christ dans la prière, sans présumer de ses forces humaines. Les paroles que l’apôtre Paul a dites sur lui-même sont donc vraiment valables pour lui : « Pour moi vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage » (Ph 1,21).

C’est pour cela que don Andrea a été, inséparablement, un homme de foi et un témoin de l’amour chrétien. Un homme de foi, avant tout : au cours des nombreuses années de son ministère de prêtre à Rome, il ne se lassait pas de chercher des personnes à conduire, à ramener à la rencontre du Seigneur. Il était poussé par la certitude profonde que Jésus Christ est le Fils unique de Dieu et notre unique Sauveur : une certitude qui soutenait sa vie, et lui demandait impérieusement de se conformer au Christ dans tous ses choix, et son comportement quotidien. C’est pourquoi don Andrea vivait pauvrement, était exigent avec lui-même, et souvent aussi avec les autres. Mais ses demandes étaient dictées par l’amour, naissaient de la charité du Christ qui brûlait en lui et qui parfois semblait lui faire oublier un peu le sens de la mesure.

Au centre de son comportement il y avait en effet cette conviction simple que sur la croix Jésus Christ a donné sa vie pour tous et que donc un disciple de Jésus, et encore plus un prêtre, devait à son tour aimer tout le monde, se dépenser pour tous, sans distinctions. Comme l’écrit l’apôtre Paul : « L’amour du Christ nous presse à la pensée qu’un seul est mort pour tous » (2 Co 5,14).

Nous pouvons peut-être ainsi comprendre plus profondément son choix d’aller vivre pour exercer son ministère en Turquie, et même dans la partie pour nous la plus reculée de la Turquie. Don Andrea était un homme d’une intelligence pénétrante, et très concret quand il le fallait. Il savait bien que sur cette terre-là et parmi ces populations, son élan apostolique allait devoir accepter de grandes limitations et, de fait, il les avait acceptées et intériorisées. Il était convaincu qu’une présence de prière et de témoignage de vie auraient parlé par eux-mêmes, auraient été un signe efficace de Jésus Christ, et un ferment d’amour et de réconciliation.

Sa fin violente pourrait pousser à conclure qu’il se faisait des illusions. Mais lui, il avait certainement envisagé une telle fin, il en avait envisagé la possibilité concrète : beaucoup de paroles, et peut-être encore plus certains de ses silences, nous en donnent la certitude : moi aussi j’en suis témoin. Le fait est que don Andrea croyait à fond dans les paroles de Jésus que nous avons entendues dans l’Evangile de cette messe : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit ». En réalité, don Andrea était un homme qui ne manquait pas de courage, un homme assez lucide et qui voulait, jour après jour affronter, désarmé, le risque de la vie. Son courage était en effet un courage chrétien, ce courage typique dont les martyrs ont fait preuve, au cours des siècles, à d’innombrables occasions : c’est-à-dire un courage qui a ses racines dans l’union avec Jésus Christ, dans la force qui vient de lui, de manière aussi mystérieuse que vraie et concrète.

C’est d’un courage analogue que chacun de nous a besoin s’il veut aborder en chrétien le chemin de sa vie. Et nous en avons besoin tous ensemble, si nous voulons, dans la situation historique actuelle, affirmer le droit à la liberté de religion, mère de toute liberté, comme valide concrètement partout dans le monde, vraiment sans discrimination.
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