Paul Joseph Jean Cardinal Poupard Paul Joseph Jean Cardinal Poupard
Function:
President of Culture, Roman Curia
Title:
Cardinal Priest of S Prassede
Birthdate:
Aug 30, 1930
Country:
France
Elevated:
May 25, 1985
More information:
www.catholic-hierarchy.org
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French «L'extrémiste musulman n'est pas un musulman authentique»
Jul 12, 2006
Chargé depuis trois mois du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, le cardinal Poupard détaille la vision de Benoît XVI sur ce dossier sensible

(03-07-2006) - La Croix : Comment Benoît XVI voit-il le dialogue entre les religions ?
- Cardinal Paul Poupard : Benoît XVI a livré sa pensée dès le lendemain de l’inauguration de son pontificat, le 25 avril, en assurant les représentants des religions non chrétiennes que « l’Église désire continuer à construire des ponts d’amitié avec les fidèles de toutes les religions, dans le but de rechercher le bien authentique de chaque personne et de la société dans son ensemble ». Un dialogue qu’il voyait « construit sur le respect de la dignité de chaque personne humaine, créée, comme nous chrétiens le croyons fermement, à l’image et à la ressemblance de Dieu ».

Et l’été dernier, rencontrant à Cologne le 20 août des représentants des communautés musulmanes, il a uni le dialogue interculturel et interreligieux en affirmant : « Le dialogue interreligieux et interculturel entre chrétiens et musulmans ne peut pas se réduire à un choix passager. C’est en effet une nécessité vitale, dont dépend en grande partie notre avenir. »

- Le rapprochement opéré par Benoît XVI entre le Conseil pontifical de la culture et celui du dialogue interreligieux signifie-t-il que l’essentiel du dialogue se joue, dans l’esprit du pape, sur le plan des cultures ?
– Attention aux phrases réductrices, elles risquent de provoquer des malentendus ! La décision du Saint-Père est seulement d’unir pour le moment la présidence du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux à la présidence du Conseil pontifical de la culture, avec une motivation claire et toute positive : « afin de favoriser un dialogue plus intense entre les hommes de culture et les représentants des différentes religions ». Les deux conseils sont autonomes, et continuent leur travail comme toujours.

C’est bien clair : la religion ne peut être ni séparée, ni identifiée à la culture. Elle en est comme l’âme, en son cœur, tout en la transcendant. Mgr Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, notait dans La Croix du 25 mars dernier combien les divisions entre les fidèles de différentes religions relevaient généralement de raisons culturelles plus que théologiques, dans ce qu’il appelle le « choc d’incompréhension mutuelle ».

Favoriser le dialogue interreligieux au plan culturel, ce n’est pas en réduire l’importance ! Bien au contraire ! Par exemple, si nous dialoguons – comme récemment à Bruxelles – avec des musulmans et à leur demande, sur les défis écologiques et de l’environnement, nous nous référons à la Création de Dieu, objet de foi mais aussi domaine de réflexion philosophique. Or, la philosophie fait partie de la culture.

– Y a-t-il des conditions à ce dialogue ?
– Il ne peut y avoir de dialogue qu’entre des êtres libres. Il faut donc être clair : qui est à la source de certaines privations de liberté pour nos frères chrétiens en certaines régions du monde ? Est-ce le fait des politiques, de tel ou tel religieux, ou d’une certaine culture ? Nul ne gagnerait à refuser le dialogue dans la liberté religieuse et la réciprocité. La réciprocité signifie que nous devons faire en sorte de pouvoir vivre dans le respect mutuel de nos convictions, des lieux où nous pratiquons, des rites que nous célébrons, des symboles qui les expriment.

– À quelle condition acceptez-vous de dialoguer avec l’islam ?
– Il ne faudrait pas s’imaginer l’islam comme un bloc monolithique. Entre les sunnites et les chiites, ce sont déjà des mondes musulmans qui chacun prend des visages différents selon les pays et les régions du monde (1). L’exemple de l’Irak montre malheureusement combien les fractures internes peuvent être importantes…

Surtout, le dialogue n’est pas une abstraction : il se fait avec des personnes, et non avec des religions. Ces personnes relèvent d’institutions différentes et de milieux de vie différents : l’islam vécu en Afrique du Nord est culturellement très différent de l’islam vécu en Indonésie ou dans les banlieues françaises. Nos interlocuteurs appartiennent au monde universitaire, au monde politique ou à la sphère des autorités religieuses. La rencontre se fait toujours à la demande et en accord avec l’Église locale.

– Comment juger de l’authenticité du dialogue ?
– L’authenticité demande une spiritualité du dialogue et le désir d’une vraie rencontre. L’extrémiste musulman n’est pas un musulman authentique : je ne dialogue pas avec lui. Ce qui m’amène à préciser que le dialogue politique relève de la Secrétairerie d’État, avec laquelle je suis du reste en liaison constante, à la demande du Saint-Père. Normalement, les religieux sont animés d’une spiritualité, parfois d’une mystique qui ouvre un cadre spirituel favorable à la rencontre.

– Quels sont aujourd’hui les obstacles qui freinent le dialogue entre les religions ?
– Les obstacles sont principalement d’ordre culturel. Bien sûr, les a priori réducteurs si répandus sont de vrais obstacles, comme le manque de compréhension de la nature et du but du dialogue interreligieux. La sécularisation rend aussi difficile la compréhension de la nécessité – qui relève de notre foi – de dialoguer avec les fidèles des autres religions. Mais je préfère parler de défis, plutôt que d’obstacles. Dans la foi, nous sommes animés par l’espérance.

– Peut-on tenir un dialogue théologique avec les religions non chrétiennes ?
– Il faut mettre à part le dialogue avec les juifs, avec lesquels nous partageons la même source originelle de la Révélation. Quant au dialogue avec les musulmans, il ne peut évidemment pas porter sur le dogme : la Trinité, l’Incarnation, les sacrements. Mais nous sommes, avec eux, chrétiens et juifs, la postérité d’Abraham. Le dialogue peut dès lors se situer au niveau des présupposés de la foi : la croyance en l’existence d’un Dieu unique, créateur du monde visible et invisible, la croyance dans l’immortalité de l’âme…

La vertu de religion ne relève pas en tant que telle de la théologie. La justice, les rapports de la religion à la politique, le sens de la création, etc. sont autant de lieux de dialogue qui ne sont pas directement théologiques. Toutefois, le dialogue avec les croyants des autres religions peut inciter à clarifier certains points doctrinaux, à les approfondir et même, en ce qui concerne la découverte des valeurs spirituelles des autres, à s’en enrichir.

Recueilli par Isabelle DE GAULMYN à Rome

(1) Lire, du cardinal Poupard, Les Religions (PUF, coll. « Que sais-je ? »), et, sous sa direction, le Dictionnaire des religions (PUF, 2 vol.).
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