Paul Joseph Jean Cardinal Poupard Paul Joseph Jean Cardinal Poupard
Function:
President of Culture, Roman Curia
Title:
Cardinal Priest of S Prassede
Birthdate:
Aug 30, 1930
Country:
France
Elevated:
May 25, 1985
More information:
www.catholic-hierarchy.org
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French Le cardinal Poupard prône un supplément d’âme pour l’Europe
Dec 19, 2013
« L’Europe est une réalité culturelle et spirituelle aujourd’hui en crise ».

À quelques jours de la fin d’année, l’Institut Robert Schuman pour l’Europe a organisé une conférence internationale pour célébrer le 50° anniversaire de la mort de l’homme d’État dont elle porte le nom et la mémoire, Robert Schuman, décédé le 4 septembre 1963 à Scy-Chazelles, en Moselle. L’occasion de s’interroger sur la destinée d’une œuvre dont cet ancien président du conseil et ministre des affaires étrangères est considéré comme un des pères fondateurs : l’Union européenne.

Le 9 mai 1950, Robert Schuman, alors chef de la diplomatie française, prononce un discours, depuis un des salons de son ministère, pour proposer de placer la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe. Recevant aussitôt une réponse positive du chancelier allemand Konrad Adenauer, le plan Schuman entraîne la création de la  Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) à partir de laquelle sera construite la Communauté économique européenne (1957) puis l’Union européenne (1992).

La conférence organisée par l’Institut Robert Schuman pour l’Europe vendredi 13 décembre au centre de la Conférence des évêques de France avait pour thème : « L’Europe fait-elle fausse route? ». Le scepticisme qui se manifeste dans l’opinion envers l’Union européenne est en effet largement partagé par des associations et des personnalités porteurs d’une vision culturelle voire spirituelle et qui trouvent que le projet européen s’est perdu dans une gestion purement économique et technocratique. Les mouvements et milieux d’inspiration démocrate chrétienne n’y retrouvent pas les convictions profondes de trois des pères fondateurs de l’Europe, Robert Schuman, Konrad Adenauer et l’Italien Alcide de Gasperi, qui appartenaient à cette famille politique.

« La rumeur sourde des peuples en proie à la crise »

Le Vatican, s’il a toujours soutenu le projet européen, exprime souvent cette même critique. C’est celle qu’a développée le 13 décembre, au centre de la Conférence des évêques de France, le cardinal Paul Poupard, ancien président du conseil pontifical pour la culture (1988-2007) et du conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux. « L’Europe fait-elle fausse route« ?, a-t-il commencé. « Question incontournable pour qui parcourt l’Europe  à l’écoute de la rumeur sourde qui monte des profondeurs des peuples en proie à une crise qui touche directement les personnes dans leur travail, leurs revenus, leurs perspectives d’avenir, et plus encore celles de leurs enfants« .

« La guerre est devenue improbable et impensable »

« La finalité première et essentielle de la route prise par le père de l’Europe, Robert Schuman, et ses partenaires, Konrad Adenauer et Alcide de Gasperi, a été rejointe et atteinte de manière exemplaire« , souligne le cardinal Poupard. « La guerre, qui était perçue comme inévitable des deux côtés du Rhin entre les deux peuples français et allemands séculairement antagonistes, est devenue non seulement improbable mais tout simplement impensable« .

« Nous avons de fait abandonné une communauté solidaire »

« Mais qu’en est-il aujourd’hui« ?, questionne-t-il. « Il me semble que, sans le dire, en passant de la Communauté européenne à l’Union européenne, nous avons de fait abandonné une communauté solidaire, pour nous limiter à une union économique. Pour reprendre une expression célèbre de Robert Schuman le 9 mai 1950 : ‘L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble, elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait‘ ».

« La poursuite égoïste et solitaire d’intérêts contrastés »

« En réalité, tout se passe comme si, à la mise en œuvre désintéressée de cet idéal premier : que devons-nous faire concrètement pour construire ensemble une communauté fraternelle et solidaire, s’était subrepticement substituée la préoccupation, et en conséquence, la poursuite égoïste et solitaire d’intérêts inévitablement contrastés, dans l’oubli progressif de la recherche d’un bien commun européen pour tous les peuples« , assène le cardinal Poupard.

« Une spirale sans fin «

« La conséquence ruineuse en est l’émergence croissante d’un sentiment profond de frustration, entraîné par la convergence de motifs de mécontentement suscités par la crise économique et sociale, les fermetures multipliées d’entreprises, la croissance exponentielle du chômage, l’incapacité de la société à donner aux jeunes, souvent diplômés, un travail correspondant à leur qualification, l’exaspération devant ce qui est perçu comme une oppression fiscale sans contrepartie légitime, l’impuissance enfin des politiques, bref, une spirale sans fin qui, faute de pouvoir s’en prendre à des responsables identifiés jugés incompétents ou insignifiants, que des élections démocratiques pourraient enfin remplacer par d’autres, suscite une défiance profonde envers une lointaine structure baptisée ‘Europe’, jugée comme technocratique et retenue comme la source incontrôlable de tous les maux identifiables« .

« L’Europe a besoin de retrouver une identité »

« Ce malaise endémique ne pourra pas être traité comme un vulgaire rhume des foins« , ironise le prélat originaire de Bouzillé (Maine-et-Loire) – un « petit Liré angevin« . « L’Europe a besoin de retrouver une identité, de se donner un visage et des finalités clairement identifiables et désirables par l’ensemble des citoyens , afin que tous puissent faire leur l’adage romain antique et convaincant : ‘res nostra agitur, c’est notre affaire, à tous« !

« Le politique est aujourd’hui perçu comme impuissant »

« Faute d’avoir su, d’avoir pu, d’avoir voulu dominer l’économique, le politique est aujourd’hui perçu comme impuissant devant une finance sans visage et sans âme, apparemment omniprésente et omnipotente« , poursuit le cardinal Poupard, après un aperçu rapide des grands bouleversements de la mondialisation. « Le mythe de la gouvernance globale s’est évanoui. L’Organisation des Nations Unies affiche sa division. Et, à l’intérieur même de l’Union européenne, qui semble devenue une circonférence en perpétuelle extension dépourvue d’un centre identifiable, des choix politiques incompatibles s’affichent au sommet des États, au détriment de l’idée même d’un bien commun que devait soutenir le choix historique d’une monnaie unique« .

« L’éducation redevient une tâche prioritaire »

« Dans ce panorama désolant, l’éducation redevient une tâche prioritaire« , précise-t-il. « La société française, et plus généralement européenne, est inquiète pour son école. Des élèves insuffisamment formés sont largement victimes du chômage à la sortie de l’école : 25% de chômage des jeunes dans la plupart des pays européens, soit plus de trois millions et demi de moins de 25 ans. Tous tentent de prendre l’ascenseur social. Mais comme il est en panne, ils se retrouvent bloqués dans l’escalier de service dans une société fragilisée, non seulement par la crise financière et économique, mais par la perte des repères traditionnels engendrée par les bouleversements technologiques et culturels. La transmission des services, mais aussi d’un minimum de valeurs communes à tout tissu social, est la clé de voûte de l’avenir. Aucune civilisation  ne peut se construire ni se maintenir sans cette projection vers le futur« .

« Le tremplin de la renaissance d’un vouloir-vivre commun »

« L’Europe est aujourd’hui au défi« , poursuit l’ancien président du conseil pontifical pour la culture, qui fut à ce titre en dialogue permanent avec le monde de son temps. « Il ne s’agit plus d’opposer une supranationalité menaçante à des nationalités aussi ambitieuses qu’impuissantes, mais d’ouvrir les nations au seul cadre qui permette à leurs peuples d’affronter ensemble le troisième millénaire. L’Europe est une réalité culturelle et spirituelle aujourd’hui en crise. Cette mutation peut l’entraîner à la décadence. Elle peut aussi, si nous le voulons, devenir le tremplin de la renaissance d’un vouloir-vivre commun, enraciné dans une histoire contrastée, un tout formé de parties souvent antagonistes mais tendues vers un même avenir« .

« Une inclusion entre provinces et patries dans une Europe unie«

« Il m’apparaît possible et nécessaire de surmonter une opposition ruineuse entre nations et plus grands ensembles et d’ouvrir au contraire une inclusion entre provinces et patries dans une Europe unie. Car l’Europe ne peut s’édifier durablement sans la libre adhésion motivée de tous les peuples qui la composent. Notre communauté de civilisation est faite de la diversité de nos cultures, puisées à la même source millénaire, pierre angulaire de notre identité européenne« .

« Le danger d’un capitalisme sauvage »

Le cardinal Poupard liste finalement plusieurs défis. « Le défi démocratique. Si des constitutions démocratiques ont partout remplacé les structures totalitaires, les comportements n’ont pas suivi partout pour autant« , explique-t-il. « Le défi économique et social. Tant en Occident que dans les pays ex-communistes, le danger d’un capitalisme sauvage dont les victimes sont les plus pauvres et les moins favorisés se manifeste. La crise épocale que nous vivons, avant d’être bancaire et financière, est d’ordre éthique« .

« L’Europe se trouve devant un vide intellectuel »

Vient ensuite « le défi intellectuel« . « Après l’écroulement de l’idéologie marxiste-léniniste athée, l’Europe se trouve devant un vide intellectuel comme peut-être jamais dans son histoire« , enchaîne le cardinal Poupard.  « Le défi nationaliste : les antagonismes nationaux se réveillent à l’Est du continent. Et l’Europe peine à se situer en toute clarté comme un ensemble pacifique sans aucune visée antagoniste« .

« Un relatif effacement du christianisme devant une poussée de l’Islam »

« Le défi démographique« . « L’Espagne et l’Italie, toujours considérés comme pays catholiques, sont devenus les pays les moins prolifiques du monde et de toute l’histoire humaine, entraînant l’alarme pour le vieillissement et le manque de renouvellement des populations, la difficulté d’assurer les retraites des plus nombreuses générations vieillissantes« . Cet « hiver démographique » se profile « face au défi des nations montantes à la démographie foisonnante, qui s’accompagne d’un effondrement des valeurs, et d’un relatif effacement du christianisme devant une poussée de l’Islam, doublée de mouvements fondamentalistes. La baisse croissante de la fécondité européenne s’accompagne d’une promotion de l’avortement et même de la tentative, en Belgique, de légaliser une euthanasie de mineurs que même la barbarie nazie n’avait osé afficher« .

« Apprendre aux jeunes générations à vivre leur propre identité dans la diversité »

« Le défi migratoire« , enfin, rappelle le prélat. « Nous ne pouvons voir coexister très longtemps un sud pauvre, prolifique, musulman et fier de l’être avec un nord riche, sans enfants, et honteux de ses racines chrétiennes conjuguées avec l’apport des juifs, des musulmans et des héritiers des Lumières. Par ailleurs, les soubresauts violents de banlieues londoniennes et parisiennes sanctionnent périodiquement les échecs conjoints du communautarisme et de l’intégration. Le premier devoir est sans doute celui  de vivre dans une volonté de paix, respectueuse et solidaire à l’égard des autres. Apprendre aux jeunes générations à vivre leur propre identité dans la diversité est une tâche prioritaire de l’éducation à la culture, d’autant que souvent les groupes de pression ne manquent pas d’utiliser la religion à des fins politiques qui lui sont étrangères« .

« Nous devons éduquer à l’effort »

Face à ces enjeux, « nous devons construire, non pas en commençant par le toit, mais par les fondations« , suggère le cardinal Poupard. « Nous ne ferons pas l’Europe avec de nouvelles institutions, pour nécessaires qu’elles soient, si nous n’éduquons pas les jeunes Français, Allemands, Italiens, Espagnols, Polonais et Russes,  à être Européens. Il ne servirait à rien, aux nations comme aux groupes sociaux, de revendiquer des droits si personne n’a été élevé, au sens fort du terme, à honorer des devoirs. Nous devons éduquer à l’effort, à l’épreuve et à la souffrance, sans quoi nous préparons inconsciemment de terribles mécanismes d’exclusion. Bref, nous manquons d’un idéal élevé et de la volonté de le réaliser. Henri Bergson, voici un siècle, diagnostiquait : ‘Notre monde élargi a besoin d’un supplément d’âme‘ ».

« L’achèvement de l’Europe par la culture »

L’ancien président du conseil pontifical de la culture a conclu en citant Robert Schuman, s’exprimant devant le Centre catholique des intellectuels français. « Il importe de nous rendre compte que l’Europe ne saurait se limiter à la longue à une structure purement économique. Il faut qu’elle devienne une sauvegarde pour tout ce qui fait la grandeur de notre civilisation chrétienne : dignité de la personne humaine, liberté et responsabilité de l’initiative individuelle et collective, épanouissement de l’énergie morale de nos peuples. Une telle mission culturelle sera le complément indispensable et l’achèvement d’une Europe qui jusqu’ici a été fondée sur la coopération économique. Elle lui conférera une âme, un anoblissement spirituel et une véritable conscience commune« .

http://paris-international.blogs.la-croix.com/le-cardinal-poupard-prone-un-supplement-dame-pour-leurope/2013/12/16/
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