Péter Cardinal Erdõ Péter Cardinal Erdõ
Function:
Archbishop of Esztergom-Budapest, Hungary
Title:
Cardinal Priest of St Balbina
Birthdate:
Jun 25, 1952
Country:
Hungary
Elevated:
Oct 21, 2003
More information:
www.catholic-hierarchy.org
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French Cardinal Erdö : La radicalité oui, le radicalisme non
Jan 13, 2017
Le Vè Forum catholique-orthodoxe qui clôture aujourd'hui ses travaux à Paris autour du thème de la peur face au terrorisme a donné lieu à un débat sur la distinction entre radicalité et radicalisme. Réaction du cardinal Peter Erdö, archevêque de Budapest et primat de Hongrie, présent à ce Forum.

Que retenez-vous des premiers travaux du Vè Forum catholique-orthodoxe ?

Au cours des conférences que nous avons entendues, nous avons notamment approfondi les caractéristiques nouvelles du terrorisme qui, lui, est un phénomène ancien. Une des nouveautés, c'est sa médiatisation. L'autre caractéristique, c'est que le terrorisme est actuellement islamisé. Ce n'est pas l'islam, en tant que religion, qui est terroriste. Il y avait des actes de terrorisme bien avant ce qui se passe aujourd'hui, commis par les nihilistes russes il y a cent ans, les anarchistes, les Brigades Rouges et tant d'autres. Mais le même comportement s'est islamisé. Les spécialistes disent que la coloration islamiste s'est en quelque sorte ajoutée, actuellement, à ce phénomène qui traverse les siècles.

Au cours de vos échanges a eu lieu une discussion autour de la radicalité et du radicalisme…

Nous avons effectivement critiqué la notion d'islam modéré ou de christianisme modéré. Si on demande qui est modéré, la majorité des gens vous répondent : ce sont les personnes qui ne pratiquent pas vraiment leur religion. Ce n'est pas cela la modération. Nous devons donc distinguer entre la radicalité de chaque conviction religieuse profonde, qui est une manière bonne et fidèle de vivre la religion, et le radicalisme, approche très politique qui passe par la violence. Ce sont deux choses différentes. Un des participants, prêtre-religieux, nous a dit : moi, je suis un catholique radical car j'ai fait des vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Cela n'a rien à voir avec le radicalisme politique.

Les chrétiens doivent-ils être radicaux ?

Oui, au sens d'engagement à l'égard de la religion, mais évidemment pas de violence dans la société. Nous avons évoqué, surtout quelques confrères orthodoxes, quelques passages du Coran qui posent de vraies questions, tout comme la question de l'exégèse au sein de l'islam. Nous avons parlé de la question de l'identité culturelle européenne, de l'héritage chrétien comme facteur de cette identité.

Les violences terroristes, une occasion pour les chrétiens de pratiquer leur foi avec plus de courage ?

Bien sûr. C'est aussi l'occasion de vénérer les martyrs. Dans l'Antiquité chrétienne, à l'époque des grandes persécutions, les chrétiens ont commencé à vénérer les martyrs presque spontanément, par la conviction qu'ils sont déjà dans le Ciel, qu'ils servent comme exemple de cohérence, d'héroïcité dans la foi et qu'ils peuvent nous aider. Je peux le confirmer aussi sur la base de mon expérience faite à Budapest. Quand sont arrivées les informations sur l'attentat du mois de décembre contre les chrétiens du Caire, alors spontanément devant la cathédrale de Budapest les gens se sont rassemblés, allumant des cierges et priant pour la communauté chrétienne et pour la paix, rendant grâce pour la cohérence de ces gens et leur témoignage. C'est l'occasion pour nous de manifester notre solidarité. L'État hongrois, d'ailleurs, chez nous, a créé un secrétariat d'État pour la défense des chrétiens persécutés.

   "

   Il est inacceptable que tant de chrétiens soient persécutés dans le monde.
   "

C'est une bonne chose pour vous ?

Il faut attendre et observer comment la structure fonctionne. Mais comme expression de solidarité et d'attention c'est important. Il est inacceptable que tant de chrétiens soient persécutés dans le monde. C'est inacceptable. Il faut crier, manifester notre solidarité et chercher concrètement les causes de ces phénomènes. La solidarité doit être plus active et plus importante.

Le terrorisme peut conduire au rejet de toute religion, par amalgame. Est-ce un danger pour vous ?

Bien sûr ! C'est pourquoi nous avons dit que nous nous trouvons face à une islamisation du terrorisme et non une radicalisation de l'islam. Ce n'est pas la religion en elle-même qui est à la base du terrorisme, c'est une dégénérescence, l'instrumentalisation de certaines idées religieuses. Ce serait une fausse réaction de la part de la société de construire des structures de méfiance contre les communautés religieuses. Un spécialiste du sujet, Gilles Kepel, vient de publier en France un livre intitulé la Fracture. Il explique très bien les méthodes de ces réseaux terroristes, leur logique, qui est tout à fait politique et qui se sert pour cela de quelques idées religieuses. Plusieurs intervenants ont souligné ces jours-ci qu'il n'y a pas, dans le monde ou en Europe, de conflit entre les cultures tel que Samuel Huntington l'avait évoqué. Ce n'est pas le cas.

Tous ces terroristes se disent musulmans et meurent en criant « Allahou akbar ». Pensez-vous que les responsables religieux musulmans aient un travail à faire sur les écrits qui leur servent de référence et les passages violents qui s'y trouvent ?

Ce n'est pas l'Église catholique ou les Églises orthodoxes qui doivent déterminer la méthode de travail théologique des musulmans. Mais naturellement nous avons notre expérience scientifique et historique, de l'exégèse biblique, à partager avec ceux qui veulent bien s'y intéresser. Car dans l'Ancien Testament aussi il y a des versets très violents. Mais il y a eu un développement historique, l'épanouissement de la Révélation divine, la pédagogie de la Révélation dans la lumière de Jésus Christ. Nous ne pouvons pas appliquer au sens littéral les phrases de l'Ancien Testament qui encouragent la violence. L'exégèse des textes sacrés respecte une méthode dans le contexte chrétien que nous connaissons. Pour les autres religions, on doit approfondir naturellement l'aspect historique, littéraire, des textes. Mais nous ne pouvons dicter de méthode à personne.

http://www.famillechretienne.fr/eglise/aeoecumenisme-et-autres-religions/cardinal-erdoe-la-radicalite-oui-le-radicalisme-non-210914
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