Laurent Cardinal Monsengwo Pasinya Laurent Cardinal Monsengwo Pasinya
Function:
Archbishop of Kinshasa
Title:
Birthdate:
Nov 03, 1939
Country:
Kongo
Elevated:
Nov 22, 2010
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French Lettre Pastorale du Cardinal Laurant Monsengwo
Feb 20, 2011

Kinshasa le 18 Janvier 2011-(DIA)- Le  Cardinal Laurent Monsengwo, Archevêque de Kinshasa, a écrit une lettre pastorale recommandée pour lecture dans toutes les messes du week-end du 15 et 16 janvier 2011 et à la méditation  dans les CEVB. Elle a été rendue publique au cours de la célébration de sa première messe ordinaire dans la paroisse saint Léopold, la plus veille de Kinshasa. Dans sa lettre qui constituait son homélie tirée de l’Evangile de Saint Jean (Jn 13,34), le prélat s’est attelé sur le testament que le Seigneur Jésus Christ avait laissé à ses disciples pendant le repas qu’ils partageaient ensemble : « Aimez-vous les uns les autres, comme moi je vous ai aimés ». A lire ici l’entièreté du message




« AIMEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES » (Jn 13,34)





Lettre pastorale[1]

 

  1. Au soir de sa vie, pendant le repas qu’il partageait avec ses disciples, le Seigneur Jésus leur laisse un testament,un testament d’amour : « Aimez-vous les uns les autres, comme moi je vous ai aimés » (Jn 13, 34). Il fait de cet amour le signe distinctif de ses disciples : « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres ». Un peu plus tard, il explicite ce qu’il entend par « comme je vous ai  aimés » : « Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour celui qu’on aime » (Jn 15,13). Et ici manifestement le Seigneur laisse entendre qu’il va mourir par amour pour nous : un amour suprême.





  1. Ce commandement du Seigneur est « nouveau » : « Je vous donne un commandement nouveau » dit Jésus (Jn 13,34). Effectivement il est nouveau, il a toute une histoire (cf. Lv 19,16 par) qui en  a affiné le sens au fil de la révélation biblique. Cette histoire, nous en trouvons des traces dans le Nouveau Testament (Evangiles Synoptiques).





Amour pour Dieu





  1. En effet, au maître de la loi qui lui demande quel est « le plus grand commandement de la loi » (Mt 22,36 ; cft Mc 12,28 ; Lc 10,27), le Seigneur répond (ou fait répondre) : » Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force » (Mc 12,30). L’Amour pour Dieu doit dépasser tout : il faut y consacrer toutes ses facultés spirituelles et physiques, toute son énergie. C’est pourquoi il faut préférer Dieu à tout ce qu’on pourrait aimer. Aussi la radicalité de l’Evangile nous demande de renoncer à tout, même à notre propre vie, quand il s’agit d’aimer Dieu et le Christ (Mc 8,34 ss par). En disant : « La charité est la plénitude de la loi », Paul s’inscrit dans la même tradition (Rom 13,8-10) que nous retrouvons dans Col 3,14. Ce verset présente la charité comme une ceinture autour de laquelle se nouent toutes les vertus, toute la perfection.





Amour du prochain





  1. Quant à l’amour du prochain,  il est dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Voilà qui est clair : il faut aimer le prochain, et le Seigneur affirme que ce commandement, l’amour du prochain, est semblable au premier, l’amour de Dieu, et  que ces deux commandements résument toute la Loi et les Prophètes.





  1. Encore faut-il définir le prochain. Pour l’Israélite, le prochain est celui qui descend d’Abraham : Israélite comme lui, auquel sont assimilés les esclaves nés dans la maison, celui qui est acheté à prix d’argent et le prosélyte qui, sans être Israélite, vit selon les préceptes de la Loi. Tous les autres humains ne sont pas concernés par cette loi de l’Amour du prochain. On comprend qu’après la réponse de Jésus, le légiste lui demande : «  Et qui est mon prochain » (Lc 10,32)? Dans sa réponse, le Christ va au-delà de cette signification « clanique », car il montre  « le prêtre » et le « lévite » passer outre l’homme tombé aux  mains des bandits, alors que celui qui s’est penché sur la victime n’est pas israélite : c’est un samaritain et donc un étranger. En outre, dans sa réponse, le Seigneur laisse entendre que le prochain n’est pas « donné » ni « établi d’avance : il est toute personne qui vient à nous ». C’est nous qui devons nous faire le prochain de tout homme, notamment de celui qui est dans le besoin et la détresse.





Comme soi-même





  1. Ce prochain, nous devons l’aimer comme nous-mêmes. Qu’est-ce  à dire ? Il ne s’agit bien entendu pas de la quantité, mais de la qualité de notre amour. Il nous faut souhaiter au prochain le bien que nous nous souhaitons à nous-mêmes, et lui éviter le mal que nous ne souhaiterions pas pour nous-mêmes. C’est cela la Règle d’or (Mt 7,12 ; Lc 6,31).





Comme je vous ai aimés





  1. Mais l’amour chrétien va plus loin : la référence n’est plus la race (fils et fille de notre race), elle n’est pas non plus nous-mêmes (« comme soi-même »), mais comme le Christ nous a aimés. La référence, c’est le Christ, c’est l’amour du Christ. Et comment le Christ nous a-t-il aimés ? «  Il nous a aimés jusqu’au bout » (Jn 13,1), « en donnant sa vie ». Le critère du véritable amour chrétien, c’est l’amour qui donne sa vie ; c’est l’amour qui non seulement est au départ et qui donne, mais surtout qui est à l’arrivée : qui se donne sans mesure, jusqu’au dernier soupir.

A dire vrai, on n’aime plus le prochain comme soi-même : on l’aime plus que soi-même, puisqu’on va jusqu’à donner sa vie pour lui, car le prochain, c’est le Christ (Mt 25,40-45).





  1. Vu de cette manière, le commandement du Seigneur est réellement nouveau. Le « monde » n’aime pas de cette façon, car l’amour du monde vise à attirer à soi et à posséder. Il est possessif, égoïste, égocentrique. Il tend à faire de l’objet aimé un objet de jouissance pour soi : il veut accaparer. L’amour chrétien, à l’instar du Christ, est oblatif : il sublime ses attraits purement humains et en fait une offrande au Seigneur. Aussi aimer à la manière du Christ, c’est autre chose que de la camaraderie ou du sentiment ou encore de la sympathie, c’est un amour très exigeant, une affaire de volonté, quand bien même on aurait de l’antipathie pour quelqu’un. On aime, parce que Dieu aime et nous demande d’aimer. C’est pourquoi l’amour chrétien s’enracine en Dieu ; il est théologal, il est charité (agapè).





  1. Aussi l’amour ne supporte pas le mensonge, l’hypocrisie ni la fausseté : l’amour va de pair avec la vérité, car Dieu voit tout. Il n y a rien de plus vilain qu’un amour faux et hypocrite, c’est-à-dire qui prétend aimer une personne qu’en fait il hait et déteste. L’amour est transparent : « in caritate non ficta », « dans l’amour sans feinte et sincère » (2 Cor 6,6), dit St Paul.





  1. Un amour qui en arrive à donner sa vie pour autrui ne peut être que désintéressé, car son intérêt serait de rester en vie : « non quaerit quae sua sunt. Il ne cherche pas son propre intérêt », dit St Paul(1 Cor 13,5). Ce faisant, il attire l’amour de la part de l’objet aimé.





  1. L’amour désintéressé aime à fonds perdus et de ce fait, il n’est pas jaloux de ceux qu’il aime, il leur pardonne tout, même la trahison, il supporte aisément l’offense. Il supporte l’offense, mais n’offense pas ni ne se venge. Telle a été la conduite de Jésus Christ et de Dieu le Père : il nous a tout pardonné. Tel est l’amour que le Christ nous a légué.





  1. Cet amour appelle la paix : paix des cœurs, paix des esprits, paix des relations humaines. Paix dans la vérité. Il appelle la paix, parce qu’il implique la réconciliation entre tous. Il est universel et n’exclut personne, car le Christ a tué en son corps sur la croix la haine qui séparait les peuples.





Comment aimons-nous ?





  1. Si tel est l’amour que le Seigneur nous a légué et dont il a demandé de nous aimer les uns les autres, où en sommes-nous dans nos familles, nos communautés sacerdotales et religieuses, dans nos relations sociales, professionnelles, entre individus ? Si l’amour pense d’abord aux autres, que faut-il dire des détournements de deniers publics, de la corruption qui gangrène la société, des abus de biens sociaux, de la manière dont les taxis-bus se disputent le chemin au mépris de toutes les règles du code de la route, et le tapage nocturne et diurne comme si nous étions les seuls au monde ? Avons-nous vraiment le sens du prochain qui vit avec nous ?





  1. Si l’amour supporte tout, pourquoi ces haines ataviques ? Si l’amour ne fait rien d’inconvenant, pourquoi ces violence sur les femmes ? Pourquoi ces cruautés innommables jamais connues en RD Congo dans un passé encore récent ? Comment expliquer ces assassinats et tueries en cascades ? Dieu ne dit-il pas : « Tu ne tueras pas » (Ex 20,13) ?  Aimons-nous notre pays et ses habitants ou plutôt les matières premières et l’argent que l’on peut en tirer ? Quelle paix ne connaîtrions-nous pas si les étrangers et les nationaux travaillaient et investissaient pour que tous, nationaux comme expatriés, aient du bien-être, auquel ils ont droit. Il y a, en effet, au Congo, de quoi manger et boire pour tout le monde.





  1. Puisse chaque chrétien, là où il vit, travaille ou opère, considérer ce milieu comme une Eglise-famille de Dieu à édifier par l’amour dans la vérité, la justice et la paix. En particulier les familles, fondées qu’elles sont sur un amour fécond, se feront un point d’honneur d’être des foyers d’amour : que les avortements, les enfants de la rue, les enfants dans la rue, les enfants soldats et les enfants sorciers, qui, chassés du toit paternel, finissent par devenir des « kuluna », deviennent vite un souvenir du passé grâce à des mesures énergiques prises par l’Etat. Puissent les enfants dans notre pays, grâce à l’affectueuse attention de tous (tes), ne jamais manquer d’amour, sur le modèle de la sainte Famille de Nazareth.



        Conclusion





  1. Aux dires de Saint Polycarpe, St Jean répétait inlassablement à ses disciples : « Aimons-nous les uns les autres ». Et lorsque ces derniers lui demandaient pourquoi il leur répétait toujours ces paroles, il disait : « parce que c’est le commandement qui vient du Seigneur ». Nous aussi, prenons l’engagement de poser chaque jour un acte d’amour du prochain. Aimons le prochain à l’exemple du Christ, et nous transformerons la face de notre société. Il fera bon y vivre : tous pourront s’y épanouir. Chacun s’occupera des intérêts de tout le monde ; la joie, la sérénité et le bonheur resplendiront sur le visage de tous.





  1. Puisse la Vierge Marie, « Mère du divin Amour », qui a su aimer Dieu et les hommes, nous accompagner dans cette vocation chrétienne de l’amour du prochain. En toute affection, je vous bénis cordialement.



Donnée à Kinshasa, en notre Curie épiscopale, le huitième jour du mois de décembre de l’année deux mille dix. En la solennité de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie.







+ L. Card.  MONSENGWO PASINYA

  Archevêque de Kinshasa

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